Ce que les réseaux sociaux ont changé dans notre manière d'entreprendre
#2 Les nouveaux repères de l'entrepreneuriat à l'ère des réseaux sociaux
Ces derniers mois, j’ai entendu plusieurs phrases qui, en apparence, n’avaient rien à voir les unes avec les autres.
« Je pensais qu’une fois les 10 000 abonnés atteints, développer mon activité deviendrait beaucoup plus simple. »
« Je ne cherche pas à devenir influenceur, donc je n’ai pas vraiment besoin de travailler ma communauté. »
« Mon dernier post a fait 40 000 vues… et pourtant, je n’ai pas eu un seul nouveau client. »
À chaque fois, la conversation semblait prendre des directions différentes.
Pourtant, j’avais le sentiment que ces trois phrases racontaient la même histoire.
Les réseaux sociaux n’ont pas seulement transformé notre manière de communiquer.
Ils ont progressivement redéfini les repères à partir desquels nous évaluons le succès d’un projet.
🎯 Ce qui mérite notre attention.
🎯 Ce qu’il faudrait développer en priorité.
🎯 Ce que signifie « réussir » lorsqu’on entreprend.
Autrement dit, ils ont modifié la boussole qui guide aujourd’hui de nombreux entrepreneurs.
Une révolution que nous avons rapidement considérée comme normale
Il y a encore une vingtaine d’années, développer une audience relevait presque de l’exploit.
Il fallait convaincre un média de parler de son projet.
Investir dans des campagnes de publicité.
Construire sa réputation année après année.
Et espérer que le bouche-à-oreille finisse par amplifier ce travail.
Aujourd’hui, chacun peut prendre la parole en créant une newsletter, en publiant une vidéo ou en partageant une idée sur LinkedIn.
Rassembler progressivement plusieurs milliers de personnes autour d’un projet est devenu accessible à beaucoup.
Cette évolution est extraordinaire.
Elle a profondément démocratisé la communication.
Mais comme toutes les grandes transformations, elle a aussi déplacé les défis.
Pendant longtemps, la question était :
Comment faire connaître mon projet ?
Aujourd’hui, cette première étape est devenue beaucoup plus accessible.
Et lorsqu’un défi disparaît, d’autres apparaissent.
Les réseaux sociaux n’ont pas rendu l’entrepreneuriat plus simple.
Ils en ont déplacé le centre de gravité.
Les questions que nous nous posons ressemblent désormais davantage à celles-ci :
Comment transformer une audience en activité ?
Quels indicateurs méritent réellement notre attention ?
Faut-il devenir un influenceur pour développer son entreprise ?
À quel moment une audience devient-elle une communauté ?
C’est peut-être là que se situent désormais les véritables défis.
Développer une audience ne suffit pas à développer une entreprise.
Pendant longtemps, la plupart des entreprises développaient d’abord leur activité. Puis leur réputation.
Aujourd’hui, le chemin s’est souvent inversé.
Nous commençons par publier.
Nous rassemblons progressivement une audience.
Et nous espérons que cette audience deviendra, un jour, une entreprise.
Évidemment, une audience est un formidable point de départ.
Mais elle ne constitue pas, à elle seule, un modèle économique.
Elle crée une possibilité. Pas encore une activité.
Les bons indicateurs ne sont pas toujours les plus visibles.
Les plateformes nous donnent accès à une quantité impressionnante d’indicateurs.
Les vues, les impressions, les abonnés, les partages, le temps passé sur une publication.
Ces données sont utiles car elles racontent quelque chose de la circulation de nos contenus.
Mais elles disent peu de choses sur ce qui fait réellement vivre un projet.
Une publication peut être vue cent mille fois sans créer la moindre relation durable.
Une autre peut toucher quelques centaines de personnes seulement… et transformer profondément une activité.
Les réseaux sociaux nous montrent très bien ce qui est visible.
Ils montrent beaucoup moins les signaux faibles qui disent souvent davantage de la solidité d’un projet.
Tous les entrepreneurs n’ont pas vocation à devenir influenceurs
Les réseaux sociaux ont aussi brouillé les frontières entre différentes manières de développer une activité.
L’entrepreneur observe les créateurs de contenu. Les créateurs observent les influenceurs. Et, peu à peu, chacun emprunte les codes des autres.
Peu à peu, un même impératif semble s'imposer : ne jamais disparaître des écrans.
Pourtant, leurs objectifs sont différents.
L’entrepreneur cherche avant tout à développer une activité.
Le contenu peut y contribuer, mais il n’en est qu’un levier parmi d’autres : recommandations, partenariats, référencement, conférences, réseau…
La création de contenu est une stratégie, pas une finalité.
Le créateur de contenu, lui, produit des contenus de manière régulière.
C’est le cœur de son métier. Qu’il soit journaliste, vidéaste, auteur ou podcasteur, son travail consiste à créer des formats qui informent, divertissent ou transmettent des connaissances.
L’influenceur, enfin, ne se définit pas tant par le contenu qu’il produit que par sa capacité à mobiliser l’attention et à orienter les comportements de son audience.
L’influence est avant tout une capacité à orienter l’attention, qui peut ensuite être mobilisée de différentes façons.
Ces trois logiques ne sont ni incompatibles, ni hiérarchisées.
Elles répondent simplement à des finalités différentes. Et elles peuvent naturellement se rejoindre.
➡️ Un entrepreneur peut devenir un excellent créateur de contenu.
➡️ Un créateur de contenu peut développer une forte influence.
➡️ Un influenceur peut lancer une entreprise.
C’est précisément cette distinction que les réseaux sociaux rendent parfois difficile à percevoir.
À force de voir ces modèles cohabiter dans les mêmes fils d’actualité, nous finissons par croire qu’ils relèvent d’un seul et même parcours.
Or, choisir une stratégie de visibilité n’est pas la même chose que choisir un modèle de développement.
Avoir des abonnés, ce n’est pas encore avoir une communauté.
C’est probablement la confusion que je rencontre le plus souvent.
Nous utilisons très facilement les mots “audience” et “communauté” comme s’ils désignaient une seule et même réalité.
Pourtant, une audience est un ensemble de personnes qui suivent un contenu.
Une communauté est un ensemble de personnes qui développent progressivement des liens autour d’un projet.
La nuance est discrète, mais elle change tout.
Une audience existe parce que quelqu’un publie.
Une communauté continue souvent d’exister même lorsqu’il ne se passe rien pendant quelque temps.
Parce qu’à partir d’un certain moment, ce qui relie les personnes dépasse le simple contenu qu’elles consultent.
Ce que les réseaux sociaux n’ont pas changé
Au fond, je ne pense pas que les réseaux sociaux aient changé notre manière d’entreprendre. Ils ont surtout changé notre façon de regarder l’entrepreneuriat.
Le risque n’est pas de suivre ces nouveaux repères. Le risque est d’oublier qu’ils ne sont pas les seuls.
Entreprendre a toujours consisté à construire un projet porté par une vision, puis à lui donner progressivement une place dans le monde.
Les plateformes peuvent nous aider à rendre ce projet visible. Elles ne peuvent pas décider, à notre place, de la direction que nous voulons lui donner.
C’est peut-être cette question que je voulais remettre au centre de la réflexion.
Dans un espace où les réseaux sociaux occupent une place si importante, il est facile de croire que ce qu’ils rendent visible est aussi ce qui compte le plus.
Notre boussole d’entrepreneur mérite pourtant d’être choisie consciemment… et interrogée régulièrement.
( To be continued…)

